Place des Arts, Wilfrid-Pelletier, fin, non plutôt début août
On s’en fout!
Prenez place madame Giroux, monsieur Ledoux
Bienvenue à ce concerto pour un fou-ou-ou-ou
Mains moites, dos raidis, boutons serrés, sueurs au front
Avez-vous bien digéré vos filets mignons ainsi que vos deux derniers Bourbons
Ce piano à queue résonnera à travers mes états d’âme, soir d’extrême-onction
Cocktail de prozacs et de lithiums, grand verre d’eau, nœud papillon
La porte de ma loge s’ouvre à l’horizon
Saisissez bien ma détresse en cette révérence, je pèterai les plombs
Écoutez bien retentir ce son de mes doigts longs, du vrai bonbon
Non! Bande de cons!
Je ne suis pas un fou! Je suis en maniaco dépression - sion - sion
Année après année, saison après saison, sans aucune guérison
Oui j’ai fait prescriptions ma collection
Toutes ces symphonies jouées de façon magistrales, récitals en rafales
Sans jamais un seul soir perdre les pédales
Bien à vous mes très chers critiques de tous ces quotidiens de Montréal
Demain matin, grand coup d’éclat, titré de votre journal
« Le fou du piano a joué sa dernière symphonie, emporté par sa maladie mentale »
sol – sol – sol – sol – sol – sol
Vous! Gros ventres bien gavés assis aux premières loges à spéculer vos déductions fiscales
Entendez-vous mes silences résonner dans l’écho de cette salle
Ce sont les trémolos de votre petite-nièce que vous avez attouché hier matin, son âme a mal!
Ce sont les double croches de notre terre qui souffre!
Ce sont les blanches de votre adolescent qui s’isole dans toute votre indifférence!
Ce sont les noires d’une orpheline africaine pleurant toute sa parenté!
Bien à vous! Complet Gucci, Dior, Armani, Versace
Entendez-vous ces fas mineurs si bien pianotés
Je suis le maestro!
Écoutez ou allez sur-le-champ vous faire rembourser!
fa - fa - fa - fa - fa - fa
Paralysés, bouche-bées, vous êtes à m’observer comme si j’étais un interné
Je ne suis qu’un simple pianiste désabusé
Vous avez fait de moi cet icône, ce n’est pas moi c’est mon clône, apparemment un surdoué
Soir après soir à venir plonger dans mon univers pendant toutes ces années
Je ne suis pas prostitué!
Hélas!
Sans jamais comprendre en moi le messager
Cette révolution que l’on doit s’imposer
Je suis mûr pour le grand voyage, je ne peux point encore hurler, je suis fatigué
Des milliers de fois à me lever de ce banc, pourtant vous m’avez tant adulé
Si au moins vous aviez compris cette rasphodie que je clame depuis tant d’années
Bandes d’hypocrites, de gourous, de mal-baisés, de névrosés, de mal-aimés
Je suis épuisé
Je tombe. Je succombe. Le nirvana de mes scénarios
La dernière symphonie du fou du piano
Les lumières s’éteignent, mon âme s’envole, je rejoins les oiseaux| Novembre 2009 | ||||||||||
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